Artiste à sa manière, il est de ceux qui vont animer l’été à Bruxelles. Premier portrait d’un DJ venu au métier sur le tard. Avec des convictions musicales fortes et une certaine sagesse.

Le contexte international morose y est peut-être pour quelque chose. Il flotte dans Bruxelles une envie de légèreté, de retrouver le plaisir d’être ensemble, de partager des moments de bonheur tranquille entre amis, parfois au milieu de touristes, qui ont retrouvé le chemin de notre capitale.

Il n’y a pas de fête sans musique. Cela tombe bien : le hasard nous a fait rencontrer, au Jungle bar, rue des Pierres, l’un des piliers du mixage et de l’animation des Dance floors. Qui se cache derrière Mokolo ?

Sous un ciel radieux, c’est sur une terrasse devant la gare de Jette que nous nous sommes fixé rendez-vous. Je pose la première question qui me vient à l’esprit :  Lambert Larock, dit Mokolo, dans le métier, se considère-t-il comme un artiste ?

J’ai toujours été passionné, de l’image et de la musique. J’ai dû faire un choix. Et c’est la raison qui l’a emporté. Parce que je souhaitais avoir un « vrai » diplôme, je me suis orienté vers des études de photographie. A l’époque, le métier de DJ n’était pas vraiment reconnu. C’est quelque chose qu’on apprenait sur le tas, avec des copains.

Mais c’est quand même cette direction-là qui l’a emporté…

Après ma formation de photographe, j’ai connu une période difficile, j’ai été sérieusement malade. Je me suis dit que si je m’en sortais,   je ferais vraiment ce que j’aime. J’ai toujours été passionné de musique. J’avais un frère aîné qui était DJ, on écoutait beaucoup de soul à la maison, tous les artistes de Motown, et d’autres labels. Mon frère m’avait transmis sa passion. Ce que je voulais, c’est partager cet amour pour ces artistes.

La reconnaissance est venue tout de suite ?

Non. Au départ, j’avais d’ailleurs un autre métier, dans une administration. Cela a quand même été un peu le parcours du combattant. On n’est pas connu, il faut faire le tour des lieux, des bars, jusqu’à ce qu’on vous donne votre chance. Le premier qui m’a permis de me lancer, c’est Yves Belina-Podgaetsky, au Oca-Loca. Un resto-bar qui n’existe plus. C’est là que j’ai pu me lancer. Je veux vraiment le remercier. Le Wine-zag de Gonzague de Maere a été important aussi. Le lieu n’existe plus non plus. C’était un peu mythique, c’est là que j’ai fait mes armes, que j’ai pu m’exprimer. Et puis, cela s’est enchaîné : le Belgica, le Up-club, l’Amalgame, le Stereo…  

Dans quelles années est-on ?

Il n’y a pas si longtemps. Je joue depuis une dizaine d’années. Le Wine-zag, c’est il y a cinq ans, environ.

La période Covid n’a pas été simple…

J’ai fait comme tout le monde. Je suis resté à la maison, j’ai joué chez moi. Je me suis mis à la production. Et je trouve cela passionnant. C’est devenu mon deuxième métier.

Toujours dans le même domaine musical, la soul ?

Non. Ce que je produis, c’est de la house, à fond.  (rires)

Il y a eu une sérieuse évolution…

Oui, mais quoi qu’on en pense, la base nous vient des Etats-Unis, c’est le blues, la soul, puis il ya eu le disco… C’est tout un chemin, mais à la base, c’est la soul. Quand je mixe, c’est une house avec toujours une connotation soul. J’aime bien aussi les voix, le funky. Il faut une âme. Les percussions – ça, c’est l’Afrique. Les voix, c’est plutôt les Etats-Unis… Pour moi, la base de la musique, c’est l’Afrique. On connaît l’histoire. L’esclavage, qui a amené les Africains en Amérique.

Ce lien avec l’Afrique, vous le revendiquez personnellement ?

Oui, je suis né au Congo, et c’est important. Ce qui m’intéresse, c’est le mélange, mais il faut toujours, pour moi, des percussions. J’aime bien aussi qu’il y ait des notes de jazz. C’est cette fusion que je recherche. Il y a l’influence cubaine, l’Amérique latine, pour les rythmes.  L’influence jazz, ce sont les guitares. Et la tonalité soul, bien sûr.

Où peut-on vous rencontrer cet été ?

J’ai élu domicile au Jungle bar. Je ne suis pas le seul DJ. Je m’y sens bien. Je les remercie de pouvoir jouer la musique que j’aime. J’ai carte blanche, je peux partager mes goûts avec tous ceux qui passent par là. En moyenne,  je joue deux ou trois fois par mois. On peut aussi me trouver ailleurs. C’est à la demande. Mais je dois disposer d’une certaine liberté. Ce qui n’est pas le cas partout. 

  1. G.

Le Jungle bar

52, rue des Pierres,  à 1000 Bruxelles –  Ma, Je, Dim : 19 h – 3 h   Ve, Sa : 19 h – 6 h.