Les dessins de l’artiste ressemblent à de la gravure. La technique utilisée est pourtant tout autre. Le trait à la mine de crayon atteint ici un degré de minutie exceptionnel. Fragiles, les dessins en noir et blanc cheminent avec douceur à travers les paysages empreints de nostalgie. Il reste deux week-ends pour découvrir la vingtaine d’œuvres exposées à la Maison Lismonde, à Linkebeek.

Anne Marie Finné est une artiste reconnue. Depuis près de quarante ans, elle explore l’art du dessin à sa manière. Le transfert de minéralités est au centre de sa pratique. Mine ou papier carbone sont ses matériaux de prédilection. Par la trace laissée sur le support – papier ou parfois polyester –, ils relient le spectateur au monde minéral dont ils sont issus. La dernière série de dessins présentée à la maison Lismonde – après avoir fait forte impression à Rotterdam – témoigne d’une évolution nouvelle vers le figuratif.

L’échelle de la nature

Il s’agit de paysages en noir et blanc, aussi imaginaires que réels, transpositions de cartes postales ou de photographies personnelles. Les fragments de souvenirs se matérialisent en mille détails, où la figure du promeneur occupe une place centrale. Mais ce n’est pas l’humain qui occupe l’espace. Ce dernier apparaît à l’échelle de la nature qu’il parcourt avec sérénité, au milieu de rochers, de cascades, sur des chemins en terre sinueux, franchissant des ponts en pierre qui datent tous d’avant l’ère industrielle. Les habitations apparaissent généralement enfouies au creux de paisibles vallons, envahis de saules et de lianes. On songe au monde de Paul et Virginie, on retrouve l’esprit très dix-huitième siècle des paysages d’Hubert Robert.

Un voyage intérieur

Le titre « Chemin faisant » renvoie au voyage, mais de différentes manières, explique l’artiste. C’est aussi ce que je peux obtenir en faisant voyager le crayon gris, le carbone. Au départ, je dessinais des petits éléments figuratifs, des plantes, des détails de jardins. Et voilà, j’ai eu un flash pour ces paysages hyper-précis et réalistes, que j’exécute à partir de documents photographiques. C’est de l’ordre du voyage intérieur. Quand je dessine, je ne vais pas à l’extérieur. Ce sont des témoignages de mon histoire, de lieux que j’ai visités, des documents que j’ai reçus, qui font partie de mon parcours, de mon archivage. Tout est très réel, mais cette composition crée un monde imaginaire. On est obligé d’entrer dans le dessin pour y cheminer, pour l’arpenter.

Nous apprendrons aussi que l’exécution de chacun des dessins occupe trois mois de la vie de l’artiste. Le temps nécessaire pour aboutir à un résultat extraordinaire de finesse, qui transporte le visiteur hors du temps.

D.T

Exposition « Chemin faisant » à la Maison Lismonde

Dwerbos, 1  –  1630 Linkebeek

Ouvert les dimanches de 14 à 17 h 30

Jusqu’au 22 mai 2022.