Jusqu’au 17 avril, un lieu de rencontre éphémère, où croiser son voisin, raconter des histoires, entendre ou faire de la musique, lire un journal. La vie à Saint-Josse après le confinement.

Le morceau de la Chaussée de Louvain qui court entre la Place Madou et la Place Saint-Josse est en pleine mutation. Au milieu, le Mirano, haut lieu des soirées bruxelloises, se trouve un nouveau souffle. Bientôt, les immeubles vétustes laisseront la place au projet d’un nouveau centre culturel.  Au coin de la rue du Vallon, deux immeubles emblématiques se font face. Celui qui abritait la célèbre maison de lingerie Hayoit, inoccupé, et celui qui, naguère, accueillait le restaurant Thé au harem d’Archi Ahmed. Depuis peu, au rez-de-chaussée, un lever de rideau dévoilant à nouveau le décor somptueux de l’endroit a attiré notre attention. De même que le tableau affiché devant l’entrée : « Bienvenue à la Cantine Josée ». Nous avons poussé la porte.

L’espace est vaste, lumineux. Les nombreux miroirs aux encadrements dorés réfléchissent les lustres en cristal. L’atmosphère fin de siècle évoque un orientalisme ouvert, où les odalisques affichent leur liberté. Aux murs, la Porte de la Voie d’or fait croire à un trompe l’œil, parmi une multitude d’inscriptions : Mimouna, la Marocaine, Jeanneke, la Bruxelloise. Tout un programme. L’affiche à l’entrée annonce, dans quelques minutes, une présentation littéraire. Nous vous avons déjà parlé de Philippe Cantraine, dont le récit « Les gens de Saint-Josse » a retenu l’attention des responsables du lieu. Plusieurs personnes sont déjà présentes. Autour des tables en bois nu, on attend ou on discute tranquillement, devant un café ou une Zinneke bier.

C’est Maëlys qui nous accueille, et accepte de répondre à nos questions.  Le concept ? L’idée vient d’un partenariat entre différentes associations. C’est piloté par le centre culturel néerlandophone de St Josse, qui s’appelle Ten Noey, la bibliothèque néerlandophone et le service culturel de la commune. La volonté, c’est d’ouvrir un espace qui soit à la disposition des gens du quartier, qui puisse être un lieu de rencontre. Le but, ce n’est pas de faire tourner un établissement, ce n’est pas de l’horeca. L’accent est mis sur le fait que l’on peut passer du temps ici, on n’est pas obligé de consommer, on veut que ce soit un espace non-marchand. C’est un très bel endroit, où l’on peut simplement prendre son temps.

Une question me taraude. Qui est cette Josée, qui donne son nom à la cantine ?

C’est le responsable-adjoint de la bibliothèque néerlandophone, Simon Vandersmissen, qui explique : On est à Saint-Josse, cela fait partie du folklore. ll y a toutes sortes de variations autour du nom « Josse ». Notre bibliothèque s’appelle Big Joske « petit gamin », représenté comme un petit personnage populaire. Depuis quelques années, on a choisi le nom de Camping Josée pour le concept de lieu de rencontre en extérieur, dans plusieurs parcs. L’été dernier, c’est dans les jardins de la rue de l’Abondance que l’on a trouvé nos aises. Nous verrons s’il est possible, l’été prochain, d’investir de nouveau le même endroit.

Pour revenir à la Cantine, il faut insister aussi sur la place des enfants. L’une des associations porteuses de l’initiative s’appelle « Breede school ». Son objectif : ouvrir l’apprentissage scolaire au-delà des murs de l’école.

L’enthousiasme des bénévoles

Peut-on parler d’initiative citoyenne ? Le but est précisément de faire sortir les associations de leurs locaux habituels, explique Maëlys. Il s’agit d’intéresser ceux qui passent, pas nécessairement le public habituel qui fréquente ces associations. Se mettre en lien. Personne ne sera refoulé. Tout le monde est bienvenu. La communication se fait dans les deux langues.

Tout citoyen peut investir l’endroit, proposer des activités, insiste Simon Vandersmissen. On a appelé ce lieu « cantine » pour mettre en avant le côté populaire. Cantine, ce n’est pas guindé. Ceci n’est pas un café. C’est un lieu culturel et social. Il y a une volonté de proposer des tarifs  accessibles à tous. Après le confinement, on a besoin de rencontrer les voisins. C’est l’idée qui se trouve derrière chaque démarche. Que les gens prennent ici leurs habitudes.

L’initiative est cependant limitée dans le temps. Le subside communal permet de payer le loyer et trois permanents pendant deux mois et demi, jusqu’au 17 avril. Ceux qui font vivre la Cantine, ce sont les bénévoles. Appel est fait, du reste, aux bonnes volontés pour donner un coup de main derrière le comptoir, en salle ou en cuisine. Ainsi, aux côtés de Maëlys, Juliette, Eefje, on rencontre Christiane : Depuis ma retraite, j’avais besoin de contacts sociaux. Avec les autres bénévoles, j’aide pour le service en salle, parfois aussi en cuisine. Je parle à tous ceux qui viennent ici régulièrement. Je reçois souvent des compliments, et j’aime vraiment ça. En plus, il ya une excellente musique de fond, qui offre un espace sûr, qui donne une chaleur humaine. Bref, un endroit qui vous semble familier. Ce sentiment de réciprocité est très important pour moi ! Tous ceux avec qui je travaille m’ont mise à l’aise, même si je ne parle pas beaucoup le néerlandais.

Demandez le programme

Même s’il ne s’agit pas d’un centre culturel, une programmation des activités existe bel et bien. Chaque semaine se construit de la même manière. Le mercredi est réservé aux enfants et aux activités familiales. Le jeudi est une journée de fabrication et de discussion. Vendredi, c’est journée repas, fête et spectacle. Le samedi, place à la lecture et à l’écoute. Dimanche, on s’amuse avec des pâtisseries, dans une ambiance café. Les heures d’ouverture varient, selon les jours, de 8 h 30 à 23 h.

Ainsi, ce jeudi 10 mars, la matinée sera consacrée à la vidéo « La dernière épouse de Barbe bleue », une vision nettement féministe du conte bien connu. Vendredi 11 mars, à 20 h, place aux guitares africaines, latino-américaines et méditerranéennes. Ce samedi 12/3, à 11 h, le conteur Luc Cielen apporte trois histoires de la mythologie grecque. Le dimanche 13/3, à 14 h 30, se produira la chorale multilingue Gavur Gelinler. Le soir, à 20 h, place au jazz avec Bruce Ellison et Marie-Sophie, admirateurs de Fats Waller et Stevie Wonder, autour d’un piano. Un détail : dans tous les cas, c’est gratuit…

Le programme complet est disponible sur le site : tennoey.be/cantine-josee

Où ? : Au Thé au harem, Chaussée de Louvain, 52 à 1210 Bruxelles.

J.G.