Le Botanique expose « Memymom – home game ». Le projet transgénérationnel de Marlène Coolens et Lisa De Boeck, deux photographes qui vivent et travaillent à Bruxelles, mère et fille. Intime et dérangeant.

Cette semaine, parce que je faisais du tri chez moi, j’ai retrouvé un paquet de lettres. Dans ces lettres, plein, plein de lettres de ma mamy, celle dont je t’ai déjà parlé. Dans ces lettres, elle dit tout : l’amour qu’elle me portait, ces petits riens qui font tout, qui font la vie, qui n’a pas de relief, sauf celui, criant, de l’amour qu’elle portait aux autres. Elle me raconte les jours qui durent, les moments qui s’allongent, le temps qui ne bouge pas tellement. Elle me raconte son jardin, son mari – mon grand-père -, ses petits enfants, les gaufres du goûter. Entre les lignes, il y a cet amour qu’elle nous crie, alors qu’elle nous décrit son jour après jour, qui n’est remplit que de cet amour. Tu me crois, bien sûr, si je te dis que j’ai chialé.

Les petites choses du quotidien qui sont extraordinaires, c’est, d’une tout autre façon, le travail présenté au Botanique, qui s’intitule « Memymom- home game ». Un travail à quatre mains d’une mère et de sa fille. Le point de départ, ce sont les photos faites par une mère, Marilène Coolens, de sa fille, Lisa De Boeck. Sa fille qui, enfant, se travestit, mime des scènes théâtrales, encouragée par sa maman, qui la photographie. Ce travail est vieux aujourd’hui de trente ans. Cela s’appelle « The Umbilical Vein », il est présenté tout au fond du Museum. C’est une sorte d’autel à hier, à l’innocence d’une enfance qui n’est pas si innocente que cela. Le reste de l’exposition, c’est une mise en scène de la quotidienneté dérangeante, d’une société qui se rend malade de ses excès ou de ses contradictions. C’est la mise en scène d’une tristesse de n’être plus une mais deux. Le reste, c’est une dénonciation ou une juxtaposition, c’est une mise en scène d’un quotidien surexposé, dans tous les sens du terme. C’est dérangeant, suffisamment pour être puissant. C’est esthétique, parfois au bord du kitch, mais c’est poignant. On en sort avec l’impression d’avoir traversé un temps intime, sans comprendre tout à fait, mais en se sentant appelé.

Si tu aimes te faire un avis en étant un peu dérangé, vas-y.

 

C’est au Museum du Botanique jusqu’au 1er août.

Retrouvez la chronique d’Isabelle Plumhans tous les vendredis matins sur Radio Campus.