Emmanuel Van der Auwera est l’artiste plasticien à ne pas manquer cet automne à Bruxelles. Trois lieux différents, un même concept. Mais il faut se dépêcher.

Quelque part en Floride. Les images défilent, en kaléidoscope ou en travelling. Les vitrines offrent, sur le mode Campbell, ce qui peut apparaître comme les vestiges d’une civilisation disparue. Les carrosseries des Jeep et des berlines multicolores offrent leur inquiétante immobilité, le vide des parcs suggère une nature qui reprendrait ses droits. Un monde figé dont la représentation déformée  traduit la dimension onirique. Sur trois écrans qui environnent le visiteur en un espace unique, l’exposition « The sky is on Fire », visible au Botanique jusqu’au 3 novembre, présente la reconstitution virtuelle d’un paysage urbain fantasmatique. Où l’interrogation sur la culture numérique porte aussi sur la valeur archéologique des images.

Par l’usage d’une application permettant de scanner les objets au départ d’un smartphone, l’artiste recrée un espace hors du temps, un environnement étrangement dévitalisé où ne subsiste que la surface des choses.  Espace physique et espace numérique se mêlent en une reconstitution qui, progressivement, nourrit l’angoisse. Dans un monde sans profondeur, d’une banalité terrifiante résonne pourtant la voix de Chaz, comme le dernier habitant d’un monde disparu, insomniaque de la ville affligé par la solitude.  Son soliloque nous envahit : « Tu sais, nous sommes à l’ère numérique, cela sera toujours l’ère numérique dans des centaines d’années. Non, mec, rien ne va disparaître. Les gens pensent que tout sera perdu, mais ce ne sera pas le cas. Mais oui, le monde sera toujours présent, mec. »

Que restera-t-il de la civilisation actuelle dans les siècles futurs ? La technologie n’a-t-elle pas déjà supplanté le vivant ? « Ton Facebook sera toujours là, ta page Myspace est toujours là », psalmodie le survivant… Nous sommes éphémères, mais nos productions resteront…

Un regard collectif

Pour mieux comprendre l’approche de l’artiste, qui vit et travaille à Bruxelles, il faut poursuivre la visite à la galerie Harlan Levey Projects. « The sky is on fire » constitue, en réalité, un diptyque dont l’autre volet, « The death of K9-CIGO », reconstitue en une perspective implacable l’événement repris dans son titre : l’hommage rendu à un chien policier tué lors d’une fusillade en Floride. Ici aussi, la technologie ne peut se dissocier de l’œuvre. Par l’utilisation des nombreuses vidéos postées par les spectateurs, en direct, sur la plateforme « Périscope », Van der Auwera, capture aussi bien leur réaction face à une catastrophe que les éléments banals de leur vie quotidienne.  Dans les deux cas, une interrogation sur la permanence des choses.

Pour remonter dans le temps – à tout le moins, dans l’œuvre de l’artiste-, il convient, enfin, de se rendre au Wiels pour revoir l’exposition Open skies, déjà remarquée, ce printemps, à Art Brussels.

J.G.

« The sky is on fire », jusqu’au 3 novembre au Botanique

« The death of K9-CIGO », jusqu’au 14 décembre à la galerie Harlan Levey Projects  – www.hi-projects.com

« Open skies », exposition collective, jusqu’au 5 janvier  –   www.wiels.org