Dans la fourmilière du 73ème Festival d’Avignon, parmi des Belges très présents, émerge un auteur-metteur en scène, Laurent Plumhans, dans la ligne de Joël Pommerat. Pas moins.

Des assureurs véreux, des allergies alimentaires, le désir d’enfant et d’automobile. La vision d’un monde inquiétant où les sentiments se délitent inexorablement. Que deviennent les relations amoureuses à l’heure de l’économie de marché ?

C’est l’histoire d’un jeune couple. S’ils se sont rencontrés, c’est que le Destin l’a voulu. Ils sont les jouets d’une force supérieure – pourquoi pas un Dieu qui aurait changé de sexe, qui aurait choisi de plonger l’humanité dans le totalitarisme financier. Mais très vite, la flamme amoureuse se perd, l’écrasement dissout les sentiments. Malgré les tentatives d’étreintes, jusqu’au bout, il n’y a pas de bonheur refuge. Restent les cris de révolte.

Le couple en proie au désamour est interprété par les très convaincants Yanick De Coster et Florelle Naneix (Priscilla Adade pour la version anglaise). Une énigmatique chanteuse de bar (l’évanescente Nathanaëlle Vandersmissen) complète le plateau, baignant dans une atmosphère années 30. La solitude l’empêche de chanter.

On retrouve, pour cette troisième création et mise en scène de Laurent Plumhans, les thèmes politiques qui lui sont chers (au premier rang, la déshumanisation des êtres qu’engendre l’idéologie néo-libérale) ainsi que la technique des séquences parodiques : les visites chez la psy, les émissions feel-good en télé. Des ruptures de rythme voulues, teintées d’un humour désespéré, qui allègent la tension et contribuent à enrichir le propos.

Dans ma génération, c’est l’hécatombe, explique l’auteur. Les couples se défont de manière brutale, il y a une violence relationnelle, qui est liée à notre rapport au monde aujourd’hui, avec des rapports de fonctionnement brutaux, qui impactent notre manière de fonctionner dans l’intimité. Mais au moins, on n’est pas dans le déni. lI y a la lucidité, une forme de clairvoyance . Le début d’un espoir, il est dans la figure de la narratrice qui est aussi l’incarnation du système. Elle finit par douter, par disparaître…

Créations musicales originales de Laurent Plumhans et Sophie Delafontaine, musicienne de plateau.

Britt Roger Sas et Charlotte Ballenghien, assistantes à la mise en scène.

Propos recueillis par J. G.

A voir à La Manufacture (Avignon) jusqu’au 25 juillet.

www.lamanufacture.org