L’auteur, diplomate et érudit, imagine « Le jour du débarquement de la flotte américaine » au large des côtes sénégalaises. Un récit de politique fiction, une fable savoureuse. 

« Ce jour-là, l’Afrique était en marche. Les gratte-ciel dominateurs avançaient en rangs serrés. (…) C’était un jour de chaleur. Le lieutenant-colonel Abdoulaye Sy avait, comme chaque matin, fait le tour du propriétaire. » Il scrute l’horizon d’un regard militaire. « C’est à ce moment qu’il les vit. Encore éloignés. Sortant de la brume. » De surcroît, une bombe explose en plein Dakar.

Ainsi commence ce récit étonnant, qui va emmener le lecteur à la découverte d’une série de personnages sortis du quotidien ou des palais gouvernementaux.

La sidération dure vingt-quatre heures. Le temps de faire la connaissance de Babacar, le pêcheur lebou (l’ethnie de pêcheurs établie sur la côte) et de l’officier Markus Anderson, de s’intéresser aux luttes de pouvoir à travers le regard du jeune Mamadou, de partager des moments de vie brutalement interrompue, en particulier, un préparatif de mariage, riche d’espérances.

Parmi les protagonistes, il y a les témoins et les victimes. Parmi elles, la Kilifa, une ministre du gouvernement, aussi ambitieuse et calculatrice que belle et vertueuse. Sa biographie s’insère dans le fil du roman sous la forme d’un récit gigogne, portrait d’une réussite, d’une carrière politique et évocation du contexte dangereux dans lequel cette carrière s’est faite. Le récit est crypté. L’auteur s’est nourri de sa connaissance des lieux, de l’histoire, des hommes et des femmes, des intrigues de pouvoir qui font la complexité d’une culture.

Bien sûr, il ne s’agit pas d’un roman de guerre, encore moins d’un roman historique. Le choix du titre a de fortes résonnances. C’est un roman de politique fiction qui s’inscrit dans l’histoire, explique l’auteur.

A la différence d’un récit historique, du reste, le mode narratif est ici narquois, ironique. Le suspens du récit est construit habilement, sur un mode ludique où l’imaginaire a sa part. Et c’est au lecteur qu’il appartient de faire le lien entre les événements. En fin de compte, à la poursuite des djihadistes, rien ne se passe comme prévu. La flotte débarque à minuit moins une. Avant une surprise romanesque finale.

Homme de plume, Philippe Cantraine n’en est pas à son coup d’essai. Il est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages en prose, poésie et théâtre, de nouvelles et de romans.

Le jour du débarquement de la Flotte américaine, Editions L’Harmattan (Sénégal), 208,, 154 pp.

J.G.